samedi 6 juillet 2013

Don Giovanni de Mozart


Palais Longchamp - Marseille
Septembre 2011


Direction musicale : L. Selmi et P-L. Landais
Mise en scène : K. Laleu




Avec : 
Don Giovanni : L. Arcaro / C. Rovery
Leporello : P. Moiroud Scarami
Donna Elvira : V. Altaver
Le Commandeur - Masetto : R. Talaïa
Donna Anna : L. Pessey
D. Ottavio : N. Xerri
Zerlina : M. Clément






Vidéo : G. Parant

Reportage : Cliquer ici
ITV France 3 : Cliquer ici




Costumes : Manoukian / Cyrillus
Maquillage : Andrea Ardito




NOTE D'INTENTION

Il y a autant de « Don Juan » qu’il existe d’œuvres autour du personnage… Et la liste est sans doute aussi longue que celle de son catalogue. Notre projet a la singularité d’en regrouper trois : celui de Molière, celui de Tirso de Molina et celui de Lorenzo Da Ponte mis en musique par Mozart.
En choisissant le découpage des textes de notre Don Giovanni, j’ai tenu garder la structure de l’opéra tout en mettant en valeur deux thèmes communs aux trois œuvres et qui me touchent particulièrement : la liberté et le désir.
Don Juan, homme libre.
C’est ce qui le rend terriblement attirant.  Un homme sans limite fascine, parce qu’il nous renvoie à nos propres limites, nos contraintes, nos enfermements, tout ce dont nous aimerions être libérés.
Lui les repousse. Il remet en cause toutes les normes établies de la société, balayant les règles de bienséance…  Que ce soit le mariage, la fidélité, la vertu de la virginité, l’honneur, la religion et la foi en un dogme, le rituel de la cérémonie funèbre… Il fait tomber les masques. Le masque de l’hypocrisie : celui qui consiste à appliquer une norme commune sans en ressentir un besoin individuel ; celui qui consiste aussi à utiliser ces normes comme instrument de pouvoir, de domination. Parce qu’il a fait ce chemin, il connaît profondément l’âme humaine et ne collabore pas avec ses compromis.
Il les refuse en bloc, ainsi que toute soumission.  
Cherchant sans cesse à démontrer l’absurdité de ces lois, il devient hors la Loi…
Mais de fait, pas par idéologie.
Il serait sans doute prêt à renoncer à une part de sa liberté à condition d’y trouver un sens. Ainsi, il se confronte régulièrement avec les raisonnements de son valet, Leporello, miroir de la pensée sociale.
« Qu’as-tu à dire là-dessus ? »… Mais Leporello est souvent sans voix, il « ne sait que dire ».
Alors la course reprend, la quête d’une limite évidente, d’un adversaire à sa taille… Et il le trouve.
La mort.
Don Giovanni en a conscience dès le lever de rideau (le thème est développé par Mozart dans son ouverture). Chaque intervention de la statue du Commandeur  lui rappelle cette réalité sans appel, entière, fatale. Même s’ « il y a bien quelque chose là-dedans qu’il ne comprend pas », « cela n’est pas capable ni de convaincre son esprit, ni d’ébranler son âme » pour l’amener à changer de vie. Jusqu’au bout il reste fidèle et loyal à sa Foi. Il doit renoncer à sa liberté, mais il est « prêt », entier et digne, à la hauteur de cette rencontre.
C’est cette conscience de la mort qui l’entraîne dans cette course effrénée vers le désir. Comme pour Blanche chez Tenessee Williams, pour Don Juan, « la mort, l’antidote c’est le désir »…

Don Juan, homme de désir.
Don Giovanni cherche par tous les moyens à se sentir vivant : il aime la fête, le bon vin, la chair… que ce soit  son amour de la table qui le fait dévorer chaque bouchée comme un « ogre » ou celui des femmes bien sûr, il prend tous les risques pour vivre pleinement l’instant.  Cet instant de désir qui seul, le fait vibrer. « Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables ».
Parce qu’il a conscience du fait qu’un instant est en soi éphémère, qu’il reconnaît sa valeur, il se donne entièrement pour le savourer. Et ce désir jaillit, rayonne, pénètre chaque être qui croise sa route. Chacun des personnages sortira différent de sa rencontre avec Don Giovanni.
Mais l’instant meurt, alors il faut chercher ailleurs… « Tout le plaisir de l’amour est dans le changement ».
C’est cette recherche de la pureté du désir, de la transparence de la vibration qui me fascine.
Voilà une question qui parle de l’Être Humain que celle que soulève Don Juan… Comment faire durer un instant ? Instant de plaisir, de désir, de vie ? C’est évidemment une lutte impossible et c’est en quoi cette recherche vouée à l’échec est passionnante et mérite toute notre attention.
A cela s’ajoute une particularité qui apparaît à ce moment précis de la vie du personnage : il est interrompu. L’instant de désir est certes voué à mourir, mais là, il disparaît avant même que Don Giovanni ait pu en goûter la saveur. Il n’a pas le temps de passer à l’acte, de jouir.
Zerlina lui sera enlevée par Donna Elvira ; l’orgie qu’il prévoit au final de l’acte I sera interrompue par Don Ottavio, Donna Anna et Donna Elvira ; l’arrivée de Masetto interrompt sa séduction de la camériste ; et même son envie de manger qu’il exprime dès la fin de l’acte I sera sans cesse repoussée jusqu’au dîner final, fatal.
Oui, « il semble que le Diable se divertit à contrer tous ces projets »…
Mais Don Giovanni ne croit pas au Diable, pas plus qu’au Ciel ou au Moine Bourru ; il croît à la beauté de deux lèvres entrouvertes, à la saveur d’un plat, à l’ivresse d’un parfum de femme…

C’est ce qui nous touche et nous donne envie de le découvrir encore et encore. 




Photos : Muriel Despiau





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